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Les études coraniques aujourd’hui - Méthodes, Enjeux, Débats (26-27 novembre 2009)

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES

L’Institut d’Études de l’Islam
et des Sociétés du Monde Musulman

en partenariat avec
L’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman 26 et 27 novembre 2009
IISMM, Salle Lombard, 96 boulevard Raspail, 75006-Paris

LES ÉTUDES CORANIQUES AUJOURD’HUI

Méthodes, enjeux, débats

Journées d’études

ARGUMENTAIRE

L’accroissement des travaux autour du Coran est un fait majeur de la recherche islamologique de ces dernières décennies. Influencées par l’école philologique allemande et les développements de la critique biblique, des études novatrices aux hypothèses parfois révolutionnaires bouleversent les représentations traditionnelles sur la genèse du Coran et le contexte historique qui l’a vu naître. Nombres d’ouvrages, tels ceux de Wansbrough, De Prémare ou Luxenberg, réinterrogent, à leur manière, l’histoire du texte, ses formes littéraires et sa langue, ses relations à la littérature biblique et parabiblique, son inscription dans le contexte historique large de l’Antiquité tardive.

Ainsi maintes interrogations se posent aujourd’hui : est-il possible de reconstituer l’ histoire du texte et à quelles conditions ? Comment juger de la fiabilité des sources arabes souvent contradictoires ? Que peut nous apprendre un projet tel que le Corpus coranicum sur les débuts du Coran et sa transmission en tant que texte ? Comment traiter la complexité des plus anciens manuscrits du Coran dont les variations textuelles sont nombreuses, loin de la fixité de l’édition coranique du Caire ? Parallèlement, que peuvent nous apprendre les sources épigraphiques sur l’état de la langue arabe et de la langue du Coran à l’aube et aux premiers siècles de l’Islam ? A ces questions relevant principalement des sources internes à la tradition islamique, s’ajoutent d’autres interrogations sur le contexte supposé d’émergence du Coran . Plus particulièrement, en quoi le Coran constitue-t-il un texte différent par rapport à la tradition judéo-chrétienne ? S’inscrit–il dans une singularité radicale ou dans une continuité qu’il faut interroger, notamment au regard des méthodes d’analyse intertextuelle ? Au-delà des identifications d’emprunts, comment rendre compte des phénomènes de réappropriation des références bibliques et parabibliques qui se présentent dans le Coran ? Enfin, comment l’ analyse littéraire du Coran peut-elle contribuer à élucider le travail de rédaction supposé du corpus coranique ? L’hétérogénéité du texte (fragmentation et pluralité des genres de discours) ne plaide-t-il pas pour une diversité de sources et de contenus ? Le recours à des méthodes des sciences linguistiques (analyse rhétorique, analyse de l’énonciation, analyse de la rythmique et de la poéticité) peut-il contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques et des stratégies du discours coranique ?

L’ambition de ces deux journées d’études, outre de proposer des éléments de réponse à ces questions, est de présenter les nouvelles hypothèses de recherche, de discuter leurs apports, d’informer sur les débats qu’elles suscitent, d’appréhender les nouvelles perspectives de recherche qu’elles entraînent. Il s’agira ainsi de (ré)interroger, dans la mesure du possible, l’histoire du texte, ses formes, sa langue et ses sources. Organisées autour d’interventions d’universitaires impliqués dans cette recherche, ces journées seront l’occasion d’envisager, entre autres, comment la communauté scientifique française en dialogue avec des universitaires étrangers, s’est saisie de ce renouvellement des études coraniques contemporaines.

PROGRAMME

Jeudi 26 novembre/Après-midi

13 h 30 : Présentation des deux journées par Sabrina Mervin (IISMM),

Mehdi Azaiez (Université de Provence/IREMAM) et Anne-Sylvie Boisliveau (Université de Provence/IREMAM)

L’histoire du texte : manuscrits et épigraphie
Présidente de séance Anne Regourd, Musée du Louvre (UMR CNRS 7192)

13 h 40 : Michael Marx, Freie Universität de Berlin
Après Abraham Geiger, Theodor Nöldeke et Gotthelf Bergsträsser :
quelle approche dans le domaine des études du Coran ?

14 h 00 : Asma Hilali (UMR CNRS "Orient et Méditerrané")
Quelques remarques introductives au palimpseste de San‘ā’

14 h 20 : François Déroche, EPHE
Contrôler l’Ecriture. Sur quelques caractéristiques de manuscrits coraniques omeyyades

14 h 40 : Discussion

Pause

15h 30 : Mohammad Ali Amir-Moezzi, EPHE
Le Coran silencieux et le Coran parlant. Problématique des sources scripturaires dans le shi’isme ancien

15 h 50 : Frédéric Imbert, Université de Provence/IREMAM
Le Coran des pierres : statistiques et premières analyses

16 h 10 : Discussion

17 h 30 : Projection du film de M. Bruno Ulmer (sous réserve) dans l’amphithéâtre du 105, boulevard Raspail (face au 96).

Vendredi 27 novembre/Matin
Contexte d’émergence
Présidente de séance Françoise Micheau, Université Paris I

9h 30 : Angelika Neuwirth, Freie Universität de Berlin
The Qur’an – a Text of Late Antiquity

9h 50 : Claude Gilliot, Université de Provence/IREMAM
Le Coran avant le Coran : la piste syriaque. Nazaréens et Nazaréisme dans le Coran et chez les anciens exégètes

10h 10 : Discussion

Pause

11h00 : Jacqueline Chabbi, Université Paris VIII
La possibilité du Coran

11h 20 : Geneviève Gobillot, Université de Lyon-III
L’abrogation selon le Coran à la lumière des Homélies pseudo clémentines

11h 40 : Discussion

Vendredi 27 novembre/Après-midi
Formes et structures
Présidente de séance Heidi Toëlle, Université Paris 3

14 h 30 : Pierre Larcher, Université de Provence/IREMAM
Le Coran : l’écrit, le lu, le récité.

14 h 50 : Mehdi Azaiez, Université de Provence/IREMAM
Le contre discours coranique : approches d’un corpus

15 h 10 : Anne-Sylvie Boisliveau, Université de Provence/IREMAM
Métatextualité et autoréférence dans le texte coranique

15 h 30 : Discussion

Pause

16 h 20 : Michel Cuypers, IDEO
La question de l’abrogation dans son contexte rhétorique.
(Une analyse des versets 2, 87-121)

16 h 40 : Nicolai Sinai, Freie Universität de Berlin
The Qur´an and ancient Arabic literature : continuities and discontinuities

17 h 00 : Discussion

18 h : Clôture du colloque

ABSTRACTS
- par ordre d’intervention-

Après Abraham Geiger, Theodor Nöldeke et Gotthelf Bergsträsser : quelle approche dans le domaine des études du Coran ? Michael Marx
Au cours du 19e siècle, l’université allemande a vu un progrès considérable dans le champ des études du Coran. Abraham Geiger, dans un contexte d’émancipation et de réforme du judaïsme était le premier à voir d’une manière systématique un contexte de la première communauté musulmane (Was hat Mohammaed aus dem Judenthume aufgenommen ? Bonn 1832). Theodor Nöldeke écrivait en 1860 la première version de sa "Geschichte des Qorans", ouvrage fondamental jusqu’à nos jours. Gotthelf Bergsträsser continuait l’approche et la perspective de Nöldeke en décrivant en 1930 un plan pour l’étude systématique de l’histoire du texte ("Plan eines Apparatus Criticus zum Koran" München 1930). Le projet Corpus Coranicum s’inscrit dans l’approche de G. Bergsträsser, Th. Nöldeke et A. Geiger en s’appuyant sur les technologies modernes (bases de données). La communication portera surtout sur l’étude des manuscrits, mais quelques exemples pour l’étude du contexte seront discutés.

Quelques remarques introductives au palimpseste de San‘ā’ Asma Hilali
Je m’occupe de l’édition du palimpseste de San‘ā’ dans le cadre du projet « Matériaux pour une édition critique du Coran » au Centre National de Recherche Scientifique avec un financement de l’Agence Nationale de la Recherche. Le palimpseste de San‘ā’ est en écriture ḥijāzite représentant l’état le plus ancien du coran. Une datation a déjà été obtenue par le radiocarbone 14 : fourchette calibrée 657-690. Mon intervention portera sur les aspects textuels du palimpseste et leur importance pour les études coraniques. Des exemples seront analysés à partir de deux perspectives : a) la différence entre le texte inférieur et le texte supérieur du palimpseste ; b) la différence entre le palimpseste et le texte coranique standard, la vulgate du Caire. Le but de cette contribution est de souligner l’importance du projet dans l’état actuel des études coraniques et les nouveaux aspects méthodologiques qu’il pose. La présentation sera basée sur des photos de certains folios du palimpseste.

Contrôler l’Ecriture. Sur quelques caractéristiques de manuscrits coraniques omeyyades, François Deroche
Selon les données de la tradition musulmane, la recension du texte coranique a été menée à bien sous le règne du calife ‘Uthmân (644-656) afin de répondre à des menaces pesant sur l’intégrité de la Révélation. L’analyse de quelques fragments de copies légèrement postérieures au règne du troisième calife et attribuables au règne des premiers Omeyyades montre que les références communes en termes d’écriture, qui faisaient jusqu’alors défaut, sont alors introduites en même temps que l’orthographe commence à se faire plus précise. Ces observations permettent de préciser les étapes par lesquelles passe le texte au cours de cette période et laissent entrevoir ce qu’a pu être l’action des Omeyyades dans ce domaine.

Le Coran silencieux et le Coran parlant. Problématique des sources scripturaires dans le shi’isme ancien, Mohammad Ali Amir-Moezzi
Il s’agit d’étudier les articulations entre luttes politiques, élaboration du Coran et du corpus du Hadith et enfin la genèse de l’herméneutique dans le shi’isme des trois premiers siècles de l’hégire. Cet examen sera mené à travers l’analyse de quatre ouvrages shi’ites d’importance majeure et pourtant presque inconnus : le Kitâb Sulaym b. Qays (2e et 3e s.) sur les violences qui suivirent la mort du Prophète ; le Kitâb al-Qirâ’ât d’al-Sayyârî (début 3e siècle) sur la falsification de la vulgate ’uthmânienne ; le Tafsîr d’al-Hibarî (milieu du 3e siècle) sur la nécessité de l’herméneutique et la genèse de l’ésotérisme shi’ite ; enfin les Basâ’ir al-darajât d’al-Saffâr al-Qummî (fin 3e siècle) sur le développement de type "gnostique" de l’exégèse shi’ite.

Le Coran des pierres : statistiques et premières analyses, Fréderic Imbert
De récentes prospections épigraphiques au Proche-Orient (Arabie Saoudite, Jordanie, Egypte, Syrie) ont permis de révéler de nouveaux graffitis arabes faisant mention, entre autres, de versets coraniques. Peu de textes sont datés sur la pierre et la question de la datation demeure un élément fondamental qui repose, avant toute chose, sur des analyses paléographiques. Celles-ci ont clairement montré que des lots de graffiti dont le registre d’écriture appartient au coufique archaïque sont datables des Ier et IIème siècles de l’Hégire. Toutefois ces datations méritent d’être précisées afin qu’il soit possible de différencier les textes antérieurs à l’avènement des Omeyyades de ceux des périodes dynastiques. Ces enjeux de datation paraissent fondamentaux dès qu’il va s’agir de dater des extraits coraniques afin de savoir si certains passages peuvent être antérieurs à l’établissement de la vulgate dite de ‘Uthmân (644-656).
Les questions que nous évoquerons tenteront de répondre à diverses questions ayant trait notamment à des citations coraniques antérieures à la vulgate, à des amalgames ou « raboutages » coraniques, à des variantes textuelles qui ne trouvent pas uniquement leur source dans la méconnaissance qu’avaient les hommes du premier islam de leur texte sacré. Le Coran fossile est riche d’enseignements sur la constitution du texte sacré des musulmans mais également sur leur toute première société.

The Qur’an – a Text of Late Antiquity, Angelika Neuwirth
Is the Qur’an an exclusively Islamic text ? We contend that it is both : Islamic and Late Antique. Before the Qur’an was canonized to become the Muslim Scripture it was communicated to an audience whose education was based on Late Antique traditions, Jewish/Christian, Hellenic as well as Arabian. Read as a movement within this triangle the Qur’an turns out to be a ‘Near Eastern-European text’
The lecture will exemplify a new approach meant to bridge the present gap between Eastern and Western scholarship. Both Eastern and Western Qur’anic Studies seem to meet in the joint objective to trace the unique, the inimitable, the ‘revolutionary’ dimension of the Qur’an. This is a central issue in Islam, enshrined in the theological dogma of i`jaz al-qur’an. An analogous quest for the new and unique in the Qur’an is being pursued in the new approach of ‘Late Antique Studies with focus on the Qur’an’. This approach aims at reconstructing the Qur’an’s interaction with Jewish and Christian post-biblical exegesis in Late Antiquity. The Qur’anic achievement of eclipsing earlier traditions – in Islam a subject of belief - for Western scholars cannot be demonstrated except through historical argument. Examples of how the Qur’an negotiates earlier traditions to completely reconfigure them will be discussed in the lecture.

Le Coran avant le Coran : la piste syriaque. Nazaréens et Nazaréisme dans le Coran et chez les anciens exégètes, Claude Gilliot
Depuis longtemps certains ont évoqué le fait que le Coran est pour partie une œuvre l’antiquité tardive. Plus récemment cette idée a été développée davantage par Sidney Harrison Griffith, Angelika Neuwirth, par nous-même, etc. Qui dit antiquité tardive dit un environnement syncrétiste. De plus le Coran se donne à voir, dans une certaine mesure, comme marqué par une liturgie (sur les éléments liturgiques du Coran et une certaine proximité avec le genre des psaumes en certains passages, v. A. Neuwirth). Mahomet et ceux qui l’ont aidé et inspiré appartenaient peut-être à un groupe de descendants judéo-chrétiens pré-nicéens, ou a tout le moins étaient en contact avec des descendants de tels groupes. Ils étaient aussi influencés par une forme de manichéisme (khatâm al-nabiyyîn, sceau des prophètes), lequel n’était pas absent de l’Arabie (Moshe Gil). Mahomet a dû vouloir établie un "lectionnaire arabe" (qur’ân ‘arabî) sur le modèle des lectionnaires (qeryane. Qur’an n’est pas un terme d’origine arabe, mais syriaque, de même que sura, aya, etc.) en usage dans les diverses chrétientés syriaques. Nous voudrions illustrer cela en montrant la continuité qu’il y a entre les thèmes chrétiens du Coran et certaines exégèses des plus anciens exégètes musulmans : emprunts au Diatessaron (dans le cas du Coran), aux évangiles apocryphes, aux memra-s (homélies patristiques syriaques : légendes des gens de la Caverne, d’Alexandre le Grand, de Gog et Magog, etc. Point n’était besoin de sortir de l’Arabie pour être informé de ces choses. Cela ne signifie aucunement que l’apport juif (Abraham Geiger) et arabe (J. Chabbi) serait absent du Coran. Mais cela est plus connu et a été traité par d’autres.

La possibilité du Coran, Jacqueline Chabbi
Si l’on s’en tient, de manière hypothétique, à la représentation d’une chronologie possible, le texte ou plutôt le discours coranique interagit, en moins d’un siècle et demi, avec plusieurs états de société.
On passe de ce que l’on pourrait nommer un paléo-Coran au Coran de la vulgate et à la nébuleuse textuelle des lectures nouvelles qui l’accompagnent, surtout à partir de la fin du II siècle de l’hégire (VIII ap. J.C.). Devant une factualité presque introuvable jusque dans ses traces, à laquelle ne saurait se substituer la factualité largement virtuelle de la lecture musulmane traditionnelle, l’approche anthropologique permet, sinon de résoudre l’énigme, du moins de proposer des possibles historiquement vraisemblables.
C’est dans un contexte de pragmatisme foncier que les hommes de tribu de l’Arabie péninsulaire étaient sortis, à partir du deuxième quart du VIIe siècle ap. J.C., de leur habitat traditionnel pour profiter des razzias victorieuses qu’ils croyaient devoir à la faveur efficace de leur allié divin. L’islam comme religion constituée est né bien plus tard, à leur insu et en rupture sur bien des plans avec leur monde.
Du Biblisme de prédation dont témoigne le paléo-Coran on passe ensuite au Coranisme des convertis nourris d’influences exogènes que l’on peut rattacher de plein droit aux disputes théologiques et exégétiques de l’Antiquité tardive qu’elle soit d’Orient hellénique ou sémitique ou encore de la Perse.

L’abrogation selon le Coran à la lumière des Homélies pseudo clémentines, Geneviève Gobillot
La question de l’abrogation est l’une de celles qui a suscité les débats les plus contradictoires, comme les plus passionnés, au cours de l’histoire de la pensée musulmane. Même si certains penseurs, depuis les premiers siècles de l’Hégire, ont défendu l’idée qu’elle s’appliquait exclusivement à des passages des Ecritures antérieures, l’interprétation dominante a été celle de l’abrogation de certains versets coraniques par d’autres, plus récents selon la chronologie de la Révélation. Or, une lecture attentive des versets (2, 87-109) en association avec les autres passages relatifs à l’abrogation et aux « versets ambigus » (mutashâbihât) permet de réaliser que c’est en définitive l’interprétation minoritaire, représentée en particulier par Abû Muslim Ibn Bahr le mu‘tazilite (IIIe s. de l’Hégire), qui doit être retenue. Une lecture intertextuelle invitant à considérer ces passages coraniques en parallèle avec la théorie des « péricopes fautives » des Homélies pseudo clémentines apporte un éclairage d’une précision inattendue sur ces notions et permet, dans le même mouvement, de situer la démarche théologique du Coran à l’égard de la Bible au cœur d’une problématique spécifique de l’Antiquité Tardive : la conciliation des deux Testaments et des deux Lois : celle de Moïse et celle de Jésus.

Le Coran : l’écrit, le lu, le récité, Pierre Larcher
Contrairement à ce qui est péremptoirement affirmé, le rasm (ductus) coranique n’est pas, à ce jour, totalement unifié. Nous partirons d’un exemple de divergence trouvé dans les deux versions imprimées les plus courantes du Coran, celle du Caire (Hafs ‘an ‘Âsim) et celle du Maghreb (Warsh ‘an Nâfi‘). Il s’agit des deux formes, respectivement synthétique et analytique, d’une même expression. Celle-ci est « lue », grammaticalement, de la même manière. Et elle est « récitée » de la même manière. Mais le fait qu’elle soit « écrite » de deux manières suggère que les rapports entre oral et écrit ne sont pas simples et ne s’ordonnent pas dans un seul et même sens. Si la forme synthétique suggère une simple transcription de la forme orale (et donc une priorité de l’oral sur l’écrit), la forme analytique suggère à l’inverse la priorité de l’écrit sur l’oral.

Le contre discours coranique : approches d’un corpus, Mehdi Azaiez
Bien qu’il soit une caractéristique fondamentale de la polémique coranique, le contre discours entendu comme la citation dans le Coran lui-même des propos de ses adversaires - réels ou fictifs - n’a fait l’objet d’aucune étude systématique. L’exposé tentera de préciser notre définition du contre discours, d’en localiser la présence dans l’ensemble du corpus coranique et d’en proposer une typologie. A l’appui de ce travail, et à partir d’un corpus choisi et limité, l’investigation proposera quelques éléments de réponses aux questions suivantes : comment le discours coranique réfute la parole qui le nie ? Quelles sont les stratégies discursives mises en place ? Quelles sont les représentations de l’opposant qu’elles entraînent ? A quels effets (de sens) sur qui et sur quoi ces stratégies conduisent-elles ? Plus largement, et à partir des usages de ce contre discours, on s’interrogera méthodologiquement à la possible (et très partielle) saisie des contextes polémiques dans lesquels le Coran aurait été engagé.

Métatextualité et autoréférence dans le texte coranique, Anne-Sylvie Boisliveau
L’autoréférence – le fait de « parler de soi » – et la métatextualité – définie ici comme le fait de faire un commentaire sur l’aspect textuel du même texte – sont très présentes dans le corpus coranique. Elles concernent par exemple les présentations ou conclusions de récits du passé, les introductions en début de sourate, ou encore les débats sur l’origine du texte, qui prennent la forme de dialogues rapportés. Il s’agira tout d’abord, dans le cadre de cette intervention, de présenter les types de passages autoréférentiels et métatextuels présents dans Coran. Leur analyse permettra de mettre en avant les spécificités du discours du Coran sur le Coran, spécificités par lesquelles le Livre sacré de l’islam se distingue en partie d’autres corpus sacrés. L’autoréférence coranique se révèle complexe, utilisant un certain nombre de référentiels extérieurs. Elle est en même temps puissante et impérative : le texte se confère à lui-même son propre statut et donc sa propre autorité.

Le verset de l’abrogation dans son contexte rhétorique. (Une analyse des versets 2, 87-121), Michel Cuypers
La question de l’abrogation ne saurait être majorée, dans l’exégèse actuelle du Coran. Il suffit de rappeler que pour beaucoup d’auteurs classiques, repris aujourd’hui par les partisans d’un islam conquérant, le verset du glaive (2,5) abroge des dizaines d’autres versets, exprimant une attitude plus tolérante et pacifique. La théorie selon laquelle certains versets du Coran en abrogeraient d’autres prétend s’appuyer sur une affirmation du Coran lui-même, dans le verset dit « de l’abrogation » (2,106). Pourtant, plusieurs auteurs musulmans, notamment en Inde, ont dénoncé depuis plus d’un siècle l’erreur d’interprétation de ce verset, mais sans succès. Récemment, Geneviève Gobillot a repris le dossier et analysé à fond ce verset, en le replaçant dans tout son contexte. Elle en conclut que son sens exact est que le Coran abroge, en les corrigeant, certains versets de la Torah (mais non la Torah toute entière). Je me propose d’analyser avec la méthode de l’analyse rhétorique qui m’est familière, l’ensemble de la section à laquelle appartient ce verset (2, 87-121), à titre, sinon de contre-épreuve, du moins de complément à l’analyse textuelle et intertextuelle de G. Gobillot.

The Qur´an and ancient Arabic literature : Continuities and discontinuities, Nicolai Sinai While thematic overlaps between the Qur´an and earlier traditions such as Biblical and post-Biblical writings are impossible to overlook, it is much more difficult to attempt a historical contextualization of the Qur´an´s literary format and style. Although structural parallels to Jewish and Christian genres should certainly not be overlooked, the presentation will argue that historical common sense dictates that it is within its immediate linguistic and literary context that the Qur´an´s literary physiognomy must first and foremost be situated - namely, within ancient Arabic literature. The presentation will therefore attempt to provide a survey of major continuities and discontinuities between the early Qur´anic surahs and ancient Arabic poetry.

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Les études coraniques aujourd’hui - Méthodes, Enjeux, Débats (26-27 novembre 2009)

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