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Appel à Contributions : LES PROPHÈTES ITINÉRANTS / ITINERANT PROPHETS / أنبياء جوّالون Réécritures, appropriations et métamorphoses des figures prophétiques dans les textes religieux, littéraires et historiographiques de l'Islam prémoderne (Colloque International, Paris, les 16-18 septembre 2021)

Appel à Contributions : LES PROPHÈTES ITINÉRANTS / ITINERANT PROPHETS / أنبياء جوّالون Réécritures, appropriations et métamorphoses des figures prophétiques dans les textes religieux, littéraires et historiographiques de l’Islam prémoderne (Colloque International, Paris, les 16-18 septembre 2021)

Réunissant des spécialistes d’études islamologiques, littéraires et historiques, "Les prophètes itinérants" vise à jeter une lumière nouvelle sur la place qu’occupent les prophètes dans les différents champs des savoirs arabes prémodernes. Du Coran aux histoires universelles, du hadith aux miroirs des princes et du qaṣaṣ al-anbiyāʾ aux romans de chevalerie, les travaux contribueront au décloisonnement des études sur les sources de l’islam prémoderne tout en explorant les fonctions que remplit la figure prophétique et les transformations qu’elle subit dans chaque contexte considéré.

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Call for papers (Arabic, English, French)

Organisateurs

Mehdi Azaiez, UC Louvain

Rémy Gareil, Université Lyon 2 - UMR 5648 CIHAM

Iyas Hassan, Sorbonne Université – UMR 8167 Orient & Méditerranée

ARGUMENTAIRE

Trait d’union permanent entre un présent vécu, un passé sacralisé et un futur eschatologique, à l’intervalle entre l’humain et son indispensable Au-delà, le prophète fascine, séduit, fédère, rassure, inquiète ou repousse. Dans les représentations pieuses de la prophétie, cette figure n’est naturellement jamais neutre. Un prophète est vrai, donc il est à suivre et à vénérer, ou il est faux, donc à maudire et à abattre. Sa présence dans la littérature n’est pas davantage anodine. On ne convoque Moïse, Job, Joseph, Abraham, Jésus ou Muḥammad que pour marquer un temps fort, inscrire une revendication identitaire ou idéologique ou proclamer un pouvoir symbolique.
La figure prophétique change de traits au gré des siècles, des aires culturelles et des champs d’expression. Elle ne se limite en effet pas au champ religieux, loin s’en faut, et circule dans tous les domaines de la production textuelle et visuelle de l’Islam prémoderne – art, récit, poésie, théologie, hagiographie, historiographie, pour n’en citer que quelques-uns. Si ces transformations sont aisément identifiables dès que l’on reste dans les voies balisées de l’islamologie, elles s’avèrent bien moins saisissables dans les autres champs de l’écriture arabe prémoderne. Deux aspects de ce phénomène retiendront principalement notre attention. D’une part, nous nous intéresserons aux transformations de ces figures à mesure qu’elles se diffusent à travers le temps, les lieux et les genres de la culture arabo-islamique, et sont remodelées en fonction des nouveaux contextes sociaux et politiques à travers lesquels elles évoluent. Dans la littérature d’expression arabe, une figure comme celle de Mūsā/Moïse partagée entre l’Ancien Testament, le Coran, le commentaire de Muqātil b. Sulaymān (m. 767), Les Chroniques d’al-Ṭabarī (m. 923) et le ʿArāʾis al-Maǧālis d’al-Thaʿlabī (m. 1035), illustre bien, par ses réécritures déjà étudiées, l’influence de ces différents contextes historiques, idéologiques ou culturels. D’autre part, l’accent sera mis sur l’application à des personnages historiques ou mythiques de traits initialement associés aux prophètes, notamment grâce à la reprise de motifs narratifs spécifiques à travers les textes religieux, littéraires et historiques.
L’événement s’organisera en trois volets complémentaires, en fonction des sources abordées et des disciplines convoquées.
Dans une tradition exégétique prolixe et pluriséculaire, les savants et théologiens musulmans de l’Islam prémoderne n’ont cessé de relater les vies de nombreux prophètes de l’Ancien Testament mais aussi la vie de Jésus et d’autres hauts faits remarquables. Présents dans un genre à part entière, les Qaṣaṣ al-anbiyāʾ, ces récits sont également très nombreux dans les tafsīrs. Pour ces derniers, on remarque la présence de prophètes bibliques absents du Coran tels Isaïe, Jérémie où Daniel. Comme le souligne Jean-Louis Déclais, Tabari s’était lui-même informé dans les Églises et Synagogues afin de rédiger ses pages consacrés à ces personnages (Déclais, 2001). Mais si les études contemporaines se sont bien intéressées à ces grandes figures et particulièrement aux « Grands Prophètes » présents dans le Coran et dans la tradition exégétique islamique tels Nūḥ/Noé, Ibrāhīm/Abraham, Mūsa/Moïse (Wheeler, 2001), Ayyūb/Job (Déclais, 1996), aucune d’entre elles n’a proposé une étude d’ensemble de ces prophètes vétérotestamentaires. La plus complète de ces contributions, celle de Roberto Tottoli (2002), laisse en effet de côté des figures telles qu’Ishʿiyā/Isaïe, Ḥizḳīl/Ezechiel et Dāniyāl/Daniel. Le champ reste ouvert pour nous interroger sur ce que peuvent révéler ces sources exégétiques à propos de ces figures absentes du Coran, ainsi que sur les stratégies mises en œuvre pour les adapter et surtout les islamiser.
Alors que le volet proprement islamologique vise à approfondir et à élargir les approches portant sur l’islamisation des prophètes bibliques, le volet littéraire s’intéressera à ces figures une fois sorties du champ des savoirs religieux et dispersées dans les sources dites profanes. Fort présente dans les écrits littéraires arabes tout au long de la période prémoderne, la figure prophétique a rarement été abordée en tant que telle dans ces sources. Parmi les rares lectures prêtant attention à ce qu’on peut appeler le « masque prophétique » dans la littérature populaire arabe, on note les observations de Bernát Heller sur la présence de la légende abrahamique dans Sīrat ʿAntar et celles d’Aboubakr Chraïbi sur le réemploi de la figure de Moïse dans la construction du personnage du roi Sayf b. Dhī Yazan dans le roman populaire éponyme (Chraïbi, 1996). Notons aussi le travail à paraître de Georges Bohas sur la recomposition de la figure d’Alexandre selon, entre autres éléments, le schéma de la Sīra Nabawiyya, lors de la « seconde islamisation » (Hassan, 2018) de ce personnage en Afrique Sub-saharienne. Au-delà des cas où un prophète en particulier prête certains de ses traits à un personnage romanesque, la figure prophétique peut être plus diffuse et plus difficilement reconnaissable. C’est le cas des multiples emprunts dans Sīrat al-Malik al-Ẓāhir Baybars d’éléments provenant des récits de Moïse, de Joseph, d’Abraham et de Muḥammad, tout comme de l’emploi succinct de la légende abrahamique dans la construction de celle du poète antéislamique Imruʾ al-Qays dans les ouvrages d’adab classique (Zakharia, 2009). Suivre les traces de ces éléments, leur éclatement, leur croisement et leur recomposition dans les différentes sources littéraires arabes est la principale préoccupation de ce volet.
Si ces transformations et transpositions se retrouvent dans des œuvres de nature très variée, elles se concentrent, dans le champ historiographique, particulièrement autour de certains thèmes. Les descriptions de souverains et les récits de fondation dynastique recourent ainsi fréquemment au registre prophétique. Il peut bien sûr s’agir, comme dans le cas des Abbassides, d’exploiter la légitimité qui découle du prophète Muḥammad, en mettant en valeur leur généalogie ainsi que les symboles du pouvoir de l’Envoyé de Dieu – le manteau, le bâton, le bonnet haut puis le Coran attribué à ʿUṯmān – , mais pas seulement. La construction de figures de fondateurs et de souverains passe également par la reprise de caractéristiques messianiques, comme dans le cas almohade avec Ibn Tūmart (García-Arenal, 2006 ; Ghouirgate, 2014), composant des parcours prenant modèle sur les vies de prophètes, à commencer par la Sīra Nabawiyya. D’autres figures historiques ou mythiques associées à l’exercice du pouvoir, qu’elles soient islamiques ou non, comme Alexandre, connaissent également une série de transformations visant à les faire apparaître sous les traits de prophètes. Des procédés comparables peuvent être repérés dans des textes consacrés aux milieux savants, notamment en vue d’asseoir la légitimité de disciplines confrontées aux critiques d’une partie des lettrés islamiques. Esculape, Galien et Hippocrate pour la médecine (Abbou Hershkovits, 2013), Luqmān pour la ḥikma, ou encore les différents Hermès – dont l’un est à l’occasion identifié à Hénoch/Idrīs (Bladel, 2009) – pour les sciences occultes, sont autant de figures d’autorité qui, en contexte islamique, se retrouvent assimilées – explicitement ou non – à des prophètes, en particulier dans le contexte de récits décrivant les origines de ces savoirs (Brentjes, 2013). Plus largement, la définition d’identités collectives fait fréquemment appel aux figures prophétiques, non sans les soumettre au besoin à de profondes transformations, comme par exemple Ibrāhīm/Abraham et Ismāʿīl/Ismaël dans le cadre de l’élaboration de la notion d’arabité vue à travers le prisme de constructions généalogiques. Les circulations et réécritures de ces modèles prophétiques invitent l’historien à s’interroger notamment sur les types de motifs narratifs qui se diffusent à travers les genres et les époques, sur les facteurs d’adoption des modèles prophétiques dans des contextes de légitimation politique ou savante, et sur la chronologie et le devenir de ces transpositions.

Ce colloque cherchera ainsi à saisir ces figures mobiles, de l’entre-deux, que sont les prophètes du monde arabe prémoderne, entre judaïsme, christianisme et islam, entre modèle sacré et personnage familier de la littérature populaire, entre autorité mythique et héros historique. Il accueillera aussi bien les propositions consacrées aux approches islamologiques, littéraires ou historiographiques, que celles qui exploreront les continuités et les dissonances entre ces différents domaines.
***
Les propositions de communications sont à envoyer, au plus tard le 26 mars 2021, à l’adresse suivante : prophetes.itinerants@gmail.com

La proposition comprendra :

-  Un résumé et un titre en français, en anglais ou en arabe (entre 1500 et 2000 signes espaces compris)
-  Un court CV (1 page) ou un lien vers le CV en ligne de l’auteur.

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